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Web2day 2018 : #TechForGood

par Aurélie Radom, Art Director / UI Designer chez Backelite

Source : Web2day – Lancement du festival par Adrien Poggetti, CEO de La Cantine Nantes

La 10ème édition des Web2day a eu lieu cette année à Nantes du 13 au 15 juin 2018. La « Digital Spring Break » dédiée aux professionnels et passionnés du digital a encore tenu toutes ses promesses avec plus de 5000 festivaliers, près de 300 speakers nationaux et internationaux de tous horizons, 200 conférences et un village de 3500 m2 d’exposition.

Durant ces trois jours, les festivaliers ont notamment pu découvrir un monde virtuel à travers lequel ils ont pu piloter des voitures de course sur un circuit de chez Hypercube VR, affronter des adversaires à coup de lasers et s’initier au pilotage de drone dans la volière de la startup parisienne Drone Indoor.

Un fil rouge a balisé l’ensemble des conférences durant ces trois jours : concevoir des services plus éthiques pour un monde plus humain, à travers le concept #TechForGood.

 

L’utopie d’un numérique conscient, d’un humanisme augmenté

Les conférences ont débuté avec Sandrine Roudaut, la chercheuse, écrivain et co-fondatrice d’Alternité qui nous invite à réfléchir à l’avenir du digital et ses conséquences.

« Nous devenons de plus en plus assistés, en mode pilotage automatique ! Nous réfléchissons moins. Le numérique nous décharge de nos choix, de nos responsabilités et de la responsabilité de nos choix. L’homme organise sa propre obsolescence par les machines ».

Cette invitation à la prise de conscience est d’autant plus troublante « […] par sa consommation d’énergie, si Internet était un pays, il serait le 6ème pays le plus polluant au monde. Des enfants sont exploités pour prélever des métaux rares destinés à la fabrication des smartphones, en 2038 toutes les ressources de cuivre seront épuisées ».

Paradoxalement, ce climat alarmant pourrait nous permettre de créer des innovations radicales, car tout progrès, chaque bond de l’humanité, est au départ une utopie. L’utopie naît de deux choses : une grande ambition et une grande lucidité. Sandrine Roudaut nous esquisse alors quelques alternatives comme travailler sur des solutions de biomimétisme moins énergivores ou installer des mini datas centers domestiques.

Autre sujet prisé par les speakers cette année, le transhumanisme, un mouvement culturel et intellectuel prônant l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer la condition humaine, notamment par l’augmentation des caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Loin d’être un fantasme, certaines sociétés ont déjà recours aux interfaces neuronales, la robotique et les exosquelettes (œil, oreille, muscle, peau artificiels). Fabien Selanne, CTO de Sogeti a ainsi fait le point entre les fantasmes et la réalité de l’augmentation de l’homme par la science et les technologies.

 

L’intelligence artificielle (AI) : quels impacts sur notre métier ?

Nous assistons au développement croissant des intelligences artificielles à travers les chatbots, les enceintes intelligentes et autres assistants personnels. Ces services prennent de plus en plus de place dans nos vies et nous rendent beaucoup de services. Paradoxalement, ils brouillent de plus en plus la frontière entre l’homme et la machine, entre le maître et l’esclave.

Guillaume Champeau, Ethic and Public relations Director chez Qwant, nous a ainsi invité à réfléchir aux questions éthiques posées par les assistants, en se projetant sur les conséquences des choix technologiques et d’usage que nous faisons.

A travers l’exemple de Google Duplex présenté lors de la Google I/O 2018, permettant à l’IA de prendre seule un RDV chez le coiffeur, Guillaume Champeau a analysé l’usage et les signes du langage humain par la machine, pouvant potentiellement prendre le contrôle de nos emplois du temps et exploiter nos faiblesses pour nous pousser à l’acte d’achat.

Parallèlement, l’AI vient concurrencer les tâches principales du designer. Patrick Maruejouls, Founder et Design Lead chez Haigo, a fait la démonstration de quelques exemples où l’AI pourrait remplacer l’intervention humaine :

– L’AI d’Autodesk permet déjà de générer des milliers d’occurrences d’objets en 3D à partir de contraintes simples qu’il serait impossible de produire pour un humain

– L’AI permet d’imaginer des formes qui s’extraient des références culturelles et des biais cognitifs que le designer introduit dans son travail

– Les bots d’A/B testing permettront demain d’améliorer en temps réel l’efficacité des interfaces sans même l’intervention du designer

 

« Si votre solution ne vise qu’à atténuer les symptômes d’un problème plus profond,

vous risquez surtout de calcifier un problème et le rendre plus difficile à changer. »

 

L’AI pourrait cependant nous laisser beaucoup plus de temps pour nous occuper de l’essentiel, à savoir mieux définir les problèmes afin de trouver les meilleures solutions.

A ce titre, le designer a pris l’exemple des mobiliers anti-SDF à Paris, qui permettent aux usagers du réseau ferré de s’assoir pour une courte durée mais ne permettent pas de s’y allonger sur une longue durée.

La solution citée ici ne résout donc pas le problème à la racine, qui serait de comprendre pourquoi il y a tant de personnes sans domicile fixe à Paris. Patrick Maruejouls mise alors sur l’idée que l’AI pourrait ainsi contribuer à nous rendre plus humains.

 

Les données personnelles, un enjeu business ?

Toujours dans cette volonté de mieux coller aux enjeux de la société, le sujet des RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) a été exploré sous de multiples facettes.

Les données produites quotidiennement par nos vies, nos usages, nos objets, sont une matière pleine d’enseignements, à condition de savoir l’exploiter.

En effet, nous sommes nombreux à souhaiter préserver notre vie privée. Paradoxalement, nous partageons quotidiennement des selfies sur les réseaux sociaux, nos données de santé via des applications d’activité sportives, nos listes de courses via des télécommandes connectées, nos goûts musicaux à travers des playlists en ligne et même la tonalité de notre voix via des assistants intelligents tels que Google Home, Cortana sur Windows ou Alexa de chez Amazon.

Deux écoles s’affrontent :

– Ceux qui souhaitent monétiser nos données personnelles
– Ceux qui souhaitent gérer collectivement les données personnelles

 

Dans la première catégorie, l’on retrouve Gaspard Koenig, président de Génération Libre, qui s’interroge sur la patrimonialité des données numériques.

Nous acceptons souvent les conditions générales d’utilisation des services que nous utilisons, sans les avoir vraiment lues au préalable. Nous cédons nos données personnelles (nom, date de naissance, adresse, données de santé, déplacements, habitudes alimentaires…) à des tiers pour lesquels nous ignorons la finalité. L’apparente gratuité des services qui nous sont offerts pour cette cession de nos données nous coûte en réalité la jouissance totale de notre vie privée.

Génération Libre propose alors de mettre fin à ce gaspillage de nos données par l’introduction d’un droit de propriété sur les données personnelles. En somme, il s’agirait de faire payer les plateformes pour la cession des droits de nos données.

 

« L’objectif est de rendre l’individu juridiquement propriétaire de ses données personnelles. Chacun pourrait ainsi vendre ses données aux plateformes, ou au contraire payer pour le service rendu et conserver ses données privées. »

 

Dans la seconde catégorie, l’on retrouve Ludovic Riffault, Datavisualization Designer chez Dataveyes qui propose un usage collectif des données personnelles afin de « rendre l’invisible visible ».

Dans son talk, il a ainsi expliqué comment la visualisation de données permettrait de prendre la mesure de ces phénomènes intangibles, ambiants et parfois de révéler des informations insoupçonnées.

Il a ainsi mené une expérience dans les lignes du métro parisien. Muni d’un micro attaché à son sac à dos, il a enregistré le niveau de bruit et ses variations (rame bruyantes, travaux à proximité des voies…), puis a retranscrit le tout en data visualisation puis en notes de musique audibles permettant ainsi de déterminer les lignes de métro les plus fréquentées associé au niveau de stress et de fatigue des voyageurs.

En rendant nos données personnelles « open-source », Riffault propose de créer de nouveaux services ou d’améliorer l’existant pour le bien commun afin de passer du #QuantifiedSelf au #QuantifiedSelves.

 

Designer pour l’instantané

On a l’habitude de concevoir des expériences sous le prisme du moment et du besoin de l’utilisateur, notamment en découpant l’expérience en trois phases : avant / pendant / après l’usage d’un produit ou d’un service. Mais avec l’arrivée des technologies comme la réalité augmentée (AR), la réalité virtuelle (VR), le comportement des utilisateurs change. Avant, il était exceptionnel d’être connecté. Maintenant, il est exceptionnel d’être déconnecté. Cette phase d’avant / après disparaît pour nous laisser dans une expérience continue. Noémie Lecorps, Product designer freelance nous a proposé donc d’explorer de nouvelles méthodes pour appréhender le design instantané en personnalisant les contenus et la navigation à des moments précis.

Thomas Buvignier, Product Owner chez Bewizyu a notamment démontré qu’en travaillant sur les petits détails d’une application et les micro cas d’usage, qu’il est possible d’apporter du réel dans une application virtuelle.

Le concept #TechForGood abordé tout au long du festival aura ainsi permis de s’interroger sur nos usages technologiques, leurs limites et envisager l’avenir d’un monde plus humain.